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Mai-juin 1940 : chronique d'une occupation annoncée

Une semaine avant le début de l'offensive allemande, le contre-torpilleur lorientais Bison est coulé par la Luftwaffe à Namsos (Norvège), entraînant la mort de 22 Morbihannais. Le 10 mai 1940, Hitler lance une attaque sur le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas dans le but de tromper les Alliés, tandis qu'un vaste mouvement de troupes se développe dans les Ardennes, le secteur le moins protégé par les Français. Le 13 mai, les Allemands franchissent la Meuse de part et d'autre de Sedan. C'est le début du repli de l'armée française. Face à l'offensive allemande, le 62e RI1 se rend le 18 mai tandis que les hommes de la 21e division2 acheminés vers le Pas-de-Calais participent activement aux combats de Dunkerque permettant le repli des troupes britanniques.

Une partie des soldats est capturée le 4 juin 1940 sur la plage de Malo-les-Bains (Nord). Au cours du mois de juin, plus d'un million et demi de soldats français sont faits prisonniers, dont environ 20 000 Morbihannais.

L'avancée des troupes allemandes provoque un exode massif des régions soumises aux combats et aux bombardements. Belges, Néerlandais, puis habitants du Nord de la région parisienne et de la Normandie se retrouvent sur les routes de France. 133 500 réfugiés arrivent dans le département entre le 10 mai et le 17 juin. Cet effectif s’ajoute aux 20 000 réfugiés accueillis entre octobre 1939 et le début de l’offensive allemande. Le nombre total de réfugiés représente alors le quart de la population morbihannaise.

Le 18 juin, Rennes, Pontivy et Ploërmel sont occupés. Au même moment une soixantaine d'embarcations (navires de guerre, de commerce ou de pêche) quittent Lorient pour l'Angleterre ou l'Afrique du Nord, tel le Victor Schoelcher qui transporte l’or des banques de Belgique et de Pologne. Laissant femme et enfants, le Vannetais Gilbert Renault, le futur colonel Rémy, embarque ainsi avec son frère à Lorient à bord d'un chalutier. Le même jour, l'amiral de Penfentenyo, préfet maritime de Lorient, décide la destruction des stocks de munitions et des cuves à mazout du port de pêche et du Priatec (Lanester).

Le lendemain, La Tanche, chalutier de Fécamp, embarque, à son tour, des jeunes gens et des militaires français et polonais désireux de rejoindre la Grande-Bretagne pour poursuivre le combat. Le navire heurte une mine qui cause la mort de 190 personnes. Le même jour, les Allemands sont à Josselin et à Guéméné et les villes de plus de 20 000 habitants sont déclarées villes ouvertes pour éviter les bombardements.

Les cuves en flammes au Priatec (Lanester). Juin-Juillet 1940. © Archives municipales de Lanester.

Dans la nuit du 24 au 25 juin, le couvercle d'une des citernes s'effondre, propageant l'incendie au village voisin du Cosquer et causant la mort de 25 habitants. L'incendie n'est définitivement maîtrisé que le 26 juillet.

Cependant, malgré la déroute de leur armée, le 21 juin pendant deux heures, les soldats français contiennent l'ennemi grâce à un barrage de fortune établi aux Cinq-Chemins à Guidel. Cet ultime engagement pour l'honneur coûte la vie à six Français et huit Allemands. Quelques heures plus tard, les premières troupes d'occupation pénètrent à Lorient. Le même jour, la ville de Vannes est occupée. Le 22 juin 1940 l'ensemble du département est contrôlé par des Allemands alors que le gouvernement français signe l'armistice à Rethondes. La campagne de France est terminée. Elle aura coûté la vie à près de 90 000 soldats dont 800 Morbihannais. Les prisonniers français sont d'abord internés dans des camps français appelés frontstalags. Dans le Morbihan, des camps sont ouverts à Saint-Avé, Sarzeau, Meucon, Coëtquidan, Pont-Scorff, Hennebont3, Pontivy et Vannes. 

Plan du combat ayant opposé Français et Allemands aux Cinq-Chemins de Guidel le 21 juin 1940. © Archives départementales du Morbihan d’après l’ouvrage de Roger Leroux.

L'ennemi est là

Cinq jours, du 18 au 22 juin1940, ont suffi à l'armée allemande pour occuper le Morbihan. Pour la population, le choc est d'autant plus rude que le traumatisme de 1914-1918 est encore présent dans les esprits, comme dans les cœurs. Apparaissent alors les premiers témoignages du refus de l’occupant. Le 19 juin, près de Stival (Pontivy), un père de six enfants, Pierre Le Blu, voyant des troupes ennemies progresser en direction de Guémené, ne peut s'empêcher de leur lancer des pierres. Il est aussitôt abattu.

Le Morbihan vit désormais à l'heure allemande (deux heures de décalage avec le soleil) et doit se soumettre rapidement à des règles strictes. Un couvre-feu est instauré de 23h à 6h, la vente d'apéritif et de spiritueux à la population civile est interdite, les armes doivent être déposées dans les mairies. La Marseillaise et les célébrations nationales sont prohibées. La presse, mais aussi la correspondance avec la zone libre sont rigoureusement surveillées. Le Mark est introduit en zone occupée. Les Allemands imposent un taux de change à leur avantage : un Mark = 20 francs. Jusqu'au 15 juillet 1940, les Morbihannais peuvent se ravitailler sans grandes difficultés. Puis, à partir de cette date, certaines denrées font défaut : huile, café, riz, semoule, chocolat, savon.

Les horloges à l’heure allemande, entrefilet paru dans le journal Le Phare, 4 août 1940. Archives départementales du Morbihan, 2 W 15597

L'administration allemande s'installe. Une Feldkommandantur est aménagée à la préfecture (Vannes), tandis que la chambre de commerce de Lorient et du Morbihan devient le siège d'une Kreiskommandantur. Dès juin 1940, le contre-amiral allemand Dönitz, en visite à Lorient, perçoit les qualités stratégiques du site qui permet aux U-boote, les sous-marins allemands, de gagner rapidement leurs lieux de chasse. Lorient va devenir une des cinq grandes bases de U-boote installées en France.

Carte du district militaire allemand du Morbihan, 27 juin 1940. Archives départementales du Morbihan, 2 W 15893

En juin 1940, les autorités militaires allemandes mettent en place un district dans le département. Outre les communes morbihannaises, 90 communes du Finistère, des Côtes du Nord, de Ille-et-Vilaine et de Loire-inférieure sont rattachés au district du Morbihan sur le plan de la police générale, de la circulation et du maintien de l'ordre. Le district est placé sous le contrôle du préfet du Morbihan. Cette organisation semble avoir été abandonnée dès le 5 juillet 1940.

L'armée allemande s'établit dans des locaux collectifs (écoles, …). Les occupations de locaux scolaires sont totales ou partielles ; dans la circonscription de Ploërmel par exemple, les locaux scolaires sont occupés à 70 %.  Les hôtels et pièces de logement privé sont également réquisitionnés. Les officiers se réservent les villas ou maisons particulières les plus confortables. Certaines familles morbihannaises doivent alors cohabiter directement avec l'occupant.

Dans un rapport daté du 2 août 1940, le préfet Henri Piton reconnaît la correction des autorités allemandes, mais il ajoute : « j’ai acquis la conviction que leurs subalternes ont des ordres pour rejeter chaque fois qu'ils le peuvent les difficultés présentes sur l'administration française afin de la rendre responsable et de la diminuer ainsi aux yeux de la population. »

À l'automne, l'opinion publique envers l’occupant devient de plus en plus réservée. En effet, fin août 1940, Lorient a subi les premiers bombardements. De plus, les prisonniers français sont conduits en Allemagne. Les départs s'échelonnent de l'été 1940 au début de 1941. Les troupes d’occupation sont nombreuses dans le département et les réquisitions importantes.

En décembre 1940, le préfet explique : « je me rends compte cependant que dans ce département plus qu’ailleurs sans doute il faudra insister et persévérer pour faire accepter l'idée de la collaboration. Les raisons de cet état d'esprit résident dans le caractère méfiant de la population et surtout dans le fait que le Morbihan est un département pauvre où l'occupation y est par cela même plus pénible à supporter. ».

Durant la première année d'occupation, sont prononcés dans le département une cinquantaine de condamnations d'un à six mois de prison pour injures ou offenses à l'armée allemande. En comparaison, les attentats restent rares : à peine 3 ou 4 en 1940.

Des fonds d’archives riches et variés

Les archives départementales du Morbihan ont élaboré un guide des sources sur cette période. Ce guide a pour objectif de rassembler toutes les sources publiques conservées aux archives concernant la période de la seconde guerre mondiale et de la Reconstruction. Les nombreux documents produits par les administrations et les organismes de l’État témoignent directement des circonstances de cette époque et permettent d’appréhender sous de nombreux angles le contexte historique.

Les fonds d’archives de la préfecture sont très riches. En effet, de nombreux services furent mis en place afin de gérer certaines questions spécifiques posées par la guerre : c’est le cas du service des réfugiés (15 W), de celui des réquisitions allemandes (18 W), ou de la mobilisation économique (21 W). La préfecture organisait également la défense passive (20 W) et supervisait la réquisition de la main-d’œuvre dans le cadre du service obligatoire (STO) ou de l’organisation Todt pour le compte des Allemands (17 W).
Le ravitaillement de la population fut géré dans le Morbihan par une direction départementale du ravitaillement (1430 W). Est présent également un fonds très complet de la direction départementale des dommages de guerre (7 W) qui eut en charge, entre autres, l’indemnisation des populations victimes de destructions et de réquisitions pendant la guerre.
De plus, les fonds des tribunaux de première instance (3 U) et des justices de paix (4 U) constituent un complément indispensable pour connaître la répression des individus et groupes hostiles au régime de Vichy et à l’occupant.

Par ailleurs, le fonds du comité départemental d’histoire de la seconde guerre mondiale, conservé sous la cote 41 J, rassemble de nombreux documents d’origine privée sur le conflit. Enquêtant, entre autres, sur la Résistance, la collaboration, les membres du comité ont accumulé, dans les trois décennies qui ont suivi le conflit, témoignages et documentation précieux.

Enfin, la presse départementale témoigne du quotidien des Morbihannais et de l’emprise du régime de Vichy et de l’occupant.

Sources consultées

  • 2 W 15620. - Rapports mensuels de la préfecture, janvier-décembre 1940.
  • 2 W 15627. - Rapports mensuels au délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, 1940-1942.
  • 2 W 15770. - Rapports de la gendarmerie, 1940-1941.
  • 2 W 15893. - Relations avec les autorités d'occupation, organisation de l'occupation et de la police : réglementation, affiches, coupures de presse, listes des chefs de service, correspondance. 1940-1944.
  • FB 659. - Archives départementales du Morbihan, Le Morbihan en guerre 1939-1945. Catalogue d’exposition (Vannes, Archives départementales du Morbihan, octobre 2009-juin 2010). Vannes : Département du Morbihan, 170 p.
  • HB 11997. - Leroux (Roger), Le Morbihan en guerre 1939-1945, Mayenne,1978, 668 p.
  • TH 218. - JOLLY (Robert), La Vie quotidienne dans le Morbihan sous l'Occupation (1940-1944), Rennes, 1984, 281 p.