Skip to Content

Le pardon de la chapelle de Lotivy

Le thème du pardon est très présent dans les œuvres peintes qui narrent la Bretagne de 1880 à 1950. Le regard ethnologique de certains artistes voyageurs analyse tant les costumes traditionnels d’apparat que cette tradition autour du patrimoine religieux et singulièrement des chapelles.

Un tableau inspiré du pardon

Située sur la commune de Saint-Pierre Quiberon, le pardon de Lotivy consacré à Notre-Dame-des-Flots fut réhabilité en 1845 après la reconstruction de sa chapelle. Ruinée en 1795, celle-ci fut rétablie à la suite, dit-on, de la demande faite par la Sainte Vierge à Marie-Françoise Sonic, jeune fille originaire des environs et fut placée plus tard par le révérend père Le Toullec sous l’invocation de la Sainte Mère. Aujourd’hui encore, ce pardon qui, par le passé enregistra des cas de guérison, attire de nombreux fidèles. Une croyance ancienne confère à l’eau de la fontaine située près de l’édifice religieux, des propriétés miraculeuses, dont celle de guérir les coliques des enfants. Les mères plongeaient également les jambes de leurs nourrissons dans l’eau afin de les fortifier, espérant ainsi qu’ils marcheraient plus tôt.

Sous le titre Croyants à la fontaine miraculeuse. Bretagne (pardon de Lotivy), ce tableau de Marguerite Pauvert est exposé en 1931 au Salon des Artistes Français. L’œuvre est à rapprocher d’un premier tableau de cette même artiste, Joie Populaire, illustrant un déjeuner sur l’herbe, lors d’un pardon. Toutefois, l’inversion de certains éléments (transept de la chapelle), laisse supposer que l’artiste a travaillé d’après un cliché photographique.

Ce grand format adopte un vocabulaire peint relevant de l’art décoratif, si présent dans la création picturale en Bretagne dans cette décennie, et notamment dans les hôtels. Aux premiers plans, des enfants à la mode de l’époque contrastent avec les adultes habillés en costume traditionnel, dont un homme à droite, au visage austère, tenant un chapelet. Le cidre est bu dans des bols aux décors rappelant ceux de la fabrique Henriot. Au dernier plan, la chapelle de Notre-Dame de Lotivy, rappelle le parcours effectué entre celle-ci et la fontaine par l’assemblée des fidèles. Pour peindre cette œuvre, Marguerite Pauvert s’est simplement déplacée de quelques kilomètres séparant la chapelle et la résidence secondaire des Pauvert à Kerhostin, lieu de séjours estivaux d’autres peintres comme Maxime Maufra.

Devenue propriété de la commune de Saint-Pierre Quiberon, l’œuvre a été inscrite au titre des Monuments historiques

Une artiste méconnue, Marguerite PAUVERT

À l’instar de sa sœur Odette qui fut la première femme à décrocher le premier Grand Prix de Rome de Peinture, la vocation de Marguerite Pauvert (1902-1983) est favorisée par l’activité artistique de ses parents, peintres et miniaturistes parisiens. Dès la fin de ses études, elle suit les cours de la ville de Paris de la rue Madame qui forme les professeurs de dessin avant d’entrer à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts. C’est au Salon de 1924 de la Société des Artistes français que pour la première fois la jeune artiste expose. Ses œuvres sont rapidement remarquées puisqu’elles sont à plusieurs reprises récompensées. Marguerite Pauvert obtient une bourse de voyage de l’État au salon de 1927 pour son tableau Joie populaire. En 1937, elle effectue un voyage au Maroc qui la marquera profondément. En 1938-1939, en pleine guerre civile, elle intègre la dixième promotion de la section artistique de la Casa de Velázquez de Madrid, qui lui permet d’approfondir son style. À son retour en France et jusqu’à son décès en 1983, elle reprend l’atelier de ces parents à Paris et effectue des séjours réguliers dans la maison familiale de Kerhostin. Peu d’œuvres nous sont parvenues de Marguerite Pauvert.

Un pardon très couru

Le journal Le Courrier des campagnes rapporte dans son édition du 3 septembre 1887 : « Le pardon de Lotivy se célèbre le 8 septembre de chaque année avec la plus grande pompe religieuse. Il y a messe basse, grand’messe, vêpres, procession et feu de joie. Tout le pays en fête y accourt et y prie avec ferveur et recueillement pour ses nécessités spirituelles et temporelles. »

L’Écho de Quiberon complète : « les vêpres (…) chantées, la procession traditionnelle sort de la chapelle et descend vers Portivy avec ses croix, ses bannières, la statue de Notre-Dame de Lotivy, la bannière de la paroisse et une barque portée par des jeunes mousses. La procession arrive au port de Portivy (…). Groupés sur le quai, clergé et pèlerins récitent le De profundis pour les marins péris en mer. (…) La procession remonte les falaises qui dominent l’océan. Le chanoine, après la récitation des prières liturgiques allume le feu de joie, et un immense brasier annonce au loin sur les dunes, sur les rocs, sur la mer sauvage, que la fête religieuse du pardon de Lotivy est terminée. Mais avant de rejoindre Riantec, ou Port-Louis ou Quiberon, un bon coup de cidre pour raffermir les estomacs et arroser au besoin une tranche de lard ou de charcuterie assortie de Plouay. »