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La guerre de 1870

Napoléon III règne depuis 22 ans sur la France lorsqu’en 1870 une crise diplomatique avec la Prusse secoue le pays. L’empereur français s’oppose en effet à la coalition d'États allemands dirigée par le roi de Prusse sur le choix du futur souverain d’Espagne. Répondant à une provocation du roi de Prusse, Napoléon III lui déclare la guerre le 19 juillet 1870.

La chute de l’empire français

Les troupes françaises sont rapidement mobilisées, parmi lesquelles la garde nationale mobile. Créée en 1868 pour défendre les frontières intérieures, ses membres n’ont pas reçu de véritable instruction militaire. De plus, l’artillerie française est matériellement inférieure à l’artillerie prussienne. L’armée française subit une lourde défaite à Sedan, le 2 septembre, qui marque le glas de l’Empire.

Proclamation de l’Impératrice régente,extrait de l'affiche, [7 août 1870]. Archives départementales du Morbihan, M 2638

La République est proclamée dès le 4 septembre. Le général Trochu, natif de Belle-Île-en-Mer, devient le président du Gouvernement de la Défense nationale. Malgré les avancées de l’ennemi sur le territoire national, le nouveau gouvernement ne renonce pas à la guerre. Une délégation est envoyée à Tours, alors que débute le siège de Paris le 20 septembre.  

Le ministre de l’Intérieur, Léon Gambetta, fuit Paris à la barbe des Prussiens à bord d’un ballon pour rejoindre Tours. D’autres vols défient les lignes ennemies, mais leur destination n’est pas toujours celle souhaitée, à l’instar du ballon Jules-Favre qui, le 30 novembre, atterrit à Belle-Île-en-Mer.

Création de l’armée de Bretagne

Constituées d’unités de gardes mobiles, les armées de l’Est, de la Loire, de l’Ouest, puis du Nord sont créées afin de défendre la capitale. Dans les départements des comités de défense sont mis en place dans chaque arrondissement et doivent pouvoir s’appuyer sur tous les gardes nationaux.

Par un décret en date du 29 septembre, le gouvernement demande aux préfets d’organiser immédiatement des compagnies de gardes nationales mobilisées. Cela concerne les hommes âgés de 21 à 40 ans, non mariés ou veufs sans enfants, ainsi que les volontaires n’appartenant ni à l’armée régulière ni à la garde nationale mobile. Pour mobiliser l’opinion, le préfet s’appuie sur la devise des Bretons « plutôt mourir que de se souiller », car « dans cette énergique et opiniâtre résistance se trouve donc non seulement le devoir et l’honneur, mais aussi le salut 1».

Les armes qui servent aux soldats morbihannais sont fournies au préfet par les dépôts d’artillerie de Brest, de Lorient ou de Bayonne. Celui-ci, aidé des sous-préfets les redistribue localement.

Appel aux volontaires pour faire partie de la garde nationale sédentaire, extrait de l'affiche, 14 août 1870. Archives départementales du Morbihan, R 788

Outre les hommes et les armes, les chevaux sont également réquisitionnés pour participer à la guerre. Les juments Margot et la Poulle, prêtées par un marchand de beurre de Questembert, en reviendront fatiguées et malades, selon l’expertise d’un vétérinaire2.

Le 22 octobre 1870 est constituée l’armée de Bretagne, qui doit permettre de renforcer l’action des Armées de la Loire et du Nord3. De Keratry, député du Finistère, est chargé, par Léon Gambetta, du commandement en chef des gardes mobiles et mobilisées, ainsi que des Corps francs de l’Ouest, constitués de volontaires. Il entame une tournée de recrutement dans les départements bretons. Il est à Lorient puis à Vannes le 30 et 31 octobre. Les soldats en partance se placent sous la protection divine. Des pèlerinages sont organisés, plus de 200 mobilisés des cantons de Baud et Locminé se rendent à Sainte-Anne-d’Auray le 30 octobre4. Une cérémonie religieuse est organisée par Mgr Bécel à la cathédrale de Vannes en présence des autorités civiles et militaires le 4 décembre 18705.

Au nord-ouest du Mans, les habitants de Conlie voient débarquer par train des troupes bretonnes démunies d’armes et de matériels de campement, habillées pauvrement, chaussées de sabots et coiffées de larges chapeaux à ganses noires. Ils y rejoignent le campement de de Keratry. Peu d’entre eux parlent français, même parmi les officiers. De plus, ils doivent affronter la neige et la boue des mois d’hiver ainsi que la maladie. Dès décembre, le camp est évacué ; les Morbihannais sont cantonnés dans la proche forêt de Sillé-le-Guillaume. Le 11 janvier se déroule la bataille du Mans qui se solde par une défaite décisive pour la France. Le 20 janvier 1871, le gouvernement de la Défense nationale se résoud à demander l'armistice. Celui-ci est signé à Versailles le 28 janvier.

Bataille du Mans, tableau de Maurice Orange. © Wikimédia

Le Morbihan, terre de repli

À l’arrière du front, le département prend une part active à la défense nationale. Le sous-préfet de Lorient indique au préfet du Morbihan6 : « depuis le 4 septembre, le port militaire [de Lorient] a abandonné son travail habituel et a commencé la confection du matériel roulant d’artillerie pour canons de 4 et de 12. (…) L’établissement de M. Trottier [les forges d’Hennebont] a été mis au service de la défense nationale. On y fabrique des quantités énormes de gamelles, de bidons et autres objets de campement. La production a été poussée dans cette usine jusqu’à ses dernière limites. (…) L’ancienne maison Guilloteaux [de Lorient] a fabriqué des bouchons détonants pour fusées percutantes, des pièces de forges pour notre matériel d’artillerie départementale».

Batteries d’artillerie départementales, extrait de l'affiche, 15 janvier 1871. Archives départementales du Morbihan, R 382

Sur le plan sanitaire, Vannes accueille plusieurs centaines de blessés. Un comité départemental de secours aux blessés est créé pour faire face à l’afflux de réfugiés et de blessés ; il gère les ressources en argent et en linge, le transport des blessés et leur placement chez des particuliers, ainsi que les soins médicaux. Le collège Saint-François Xavier sert ainsi à la fois de caserne et d’hôpital. 300 gardes mobiles du Morbihan sont installés dans les salles de classes du rez-de-chaussée7.

Après la défaite du Mans, les mobilisés du Finistère se replient sur Vannes, en particulier sur le port et le plateau de la Garenne. La population se plaint de la saleté et de l’attitude de certains soldats8.

La restructuration de l’armée française

La défaite de la France entraîne une remise en question du système militaire français. La décennie suivante voit sortir de terre de nombreuses casernes réparties dans les différentes régions militaires nouvellement créées. Vannes voit s’implanter les 28e et 35e régiments d’artillerie ainsi qu’un arsenal militaire tandis que Lorient accueille le 62e et renforce sa position de grand port militaire. La conscription est mise en place, offrant une formation militaire aux appelés. Afin de permettre l’entraînement des troupes, le département se dote progressivement de deux camps militaires, Meucon et Coëtquidan, ainsi que de plusieurs champs de tirs.

Vue d'ensemble des casernes d'artillerie à Vannes, carte postale, [ca 1900]. Archives départementales du Morbihan, 9 Fi 260/804

C’est tardivement que le gouvernement français honore ses combattants de 1870. Une médaille commémorative de la guerre de 1870-1871 est créée en 19119, le Conseil général du Morbihan décide un an plus tard de prendre en charge les frais de cette médaille pour les combattants morbihannais. Maurice Marchais, rapporteur du dossier, estime à 300 le nombre de vétérans encore vivants quarante ans après la fin du conflit10. Le Nouvelliste du Morbihan annoncera, au fur et à mesure des décisions ministérielles, plus de 150 vétérans morbihannais titulaires de la distinction honorifique. La fête nationale de l’année 1913 à Inzinzac sert d’occasion à la remise officielle des médailles comme le relate le journal local : [le] maire, (…) a prononcé, en la circonstance une allocation émouvante et toute patriotique. Son émotion, cependant contenu, a gagné les assistants, et au moment où il épinglait à la poitrine des braves vieillards, à cheveux blancs, la médaille commémorative, quelques douces larmes coulèrent 12 ».

Une histoire à explorer

Les archives départementales du Morbihan conservent assez peu d’archives sur la guerre de 1870-1871. Les fonds les plus importants restent ceux de la série R (affaires militaires). On y trouve notamment ce qui concerne la mobilisation des hommes dans chaque commune, les réquisitions de chevaux ou la distribution des armes mais aussi quelques listes communales de soldats morts pendant ce conflit. Les fonds de la préfecture (série M) ou des sous-préfectures (série Z) permettent également de compléter les sources sur ce sujet. La presse ancienne apporte un éclairage sur le vécu des évènements à l’arrière du front.

Quelques travaux ont été rédigés sur cette guerre, quelque peu oubliée, de 1870-1871, mais le sujet reste encore à explorer.

Sources exploitées

  • R 788. - Garde nationale mobilisée.
  • R 1249. - Réquisitions et prêts de chevaux.
  • R 1334. - Garde nationale.
  • R 493. - Passage de troupes.
  • 6 M 958. – Rapports et statistiques
  • CORNETTE (Joël), Histoire de la Bretagne et des Bretons, tome 2 : Des Lumières au XXIe siècle, Le Seuil, Paris, 2005
  • ROTH (François), La Guerre de 1870, Fayard, Paris, 1990
  • LE MOING-KERRAND (Philippe), Les Bretons dans la guerre de 1870, Le Camp de Conlie, Plougoumelen, 2000
  • ARS (François), Les conséquences de la Guerre de 1870 à Vannes, Bulletins et Mémoires de la Société polymathique du Morbihan, tome CXXI (1995), pp. 115-120
  • L’Abeille de Lorient, 3 novembre 1870.
  • Le Courrier de Bretagne, 3 décembre 1870.