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Classement de confinement

Lettre de Philippe II, roi d’Espagne, des deux Sicile et de Jérusalem au chapitre cathédral de Vannes, le 20 juillet 1592. Archives départementales du Morbihan, 30 J 260/1

En cette période de confinement, les archivistes poursuivent malgré tout des travaux de classement de fonds d’archives. C’est le cas du fonds du presbytère de la cathédrale de Vannes (30 J 260/1), entièrement numérisé en 2017, et actuellement en cours de classement. Le fonds original est conservé aux archives de l’évêché de Vannes.

Ce travail a notamment permis de remettre au jour des documents relatifs à une affaire qui a fait grand bruit dans les années 1592-1593, au cœur des guerres de la Ligue qui animent cette fin de 16e siècle : l’affaire des reliques de saint Vincent Ferrier.

Cet événement prend place alors que des milliers de soldats espagnols occupent plusieurs positions stratégiques dans le sud du Morbihan, notamment à Blavet, future ville de Port-Louis, ainsi qu’à Vannes. Le roi d’Espagne, Philippe II, assure alors son soutien aux entreprises de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, et chef ligueur de la province. 

Les relations demeurent cependant fragiles entre les ligueurs bretons et la couronne espagnole. C’est pourquoi le duc de Mercœur projette d’envoyer au très catholique Philippe II plusieurs reliques de saint Vincent Ferrier. Ce dernier, prédicateur d’origine aragonaise, venu en Bretagne en 1418 appelé par le duc de Bretagne, est décédé à Vannes en 1419. Ses restes font alors l’objet d’une exceptionnelle dévotion.
Philippe II est un ardent promoteur du culte des reliques et possède dans son palais de Saint-Laurent-de-l'Escurial, au nord-ouest de Madrid, l’une des plus grandes collections au monde (plusieurs milliers).

En 1592, tout semble favorable à cette translation de trésors sacrés mais c’est sans compter sur la frilosité des chanoines du chapitre cathédral de Vannes, qui occupent à l’époque une place de premier plan. En effet, l’évêque ligueur Georges d’Arradon passe le plus clair de son temps à Paris pour les affaires de l’État.
Le roi d’Espagne prend même la peine, le 20 juillet, d’adresser une missive au chapitre pour le remercier de l’envoi imminent de ce cadeau. Cette lettre ne donnera lieu à une réponse que le 31 mai de l’année suivante, et dans laquelle les chanoines refusent finalement de se séparer d’une partie des reliques du saint. En guise d’argument, ils auraient retrouvé des bulles pontificales interdisant tout transfert de ces objets sacrés sous peine d’excommunication et d’encourir l’indignation de Dieu. Il leur est donc impossible d’envoyer ne serait-ce qu’une petite fraction de ces reliques en Espagne. 

Cette affaire, pour le moins délicate, reste en l’état jusqu’à la fin du conflit ligueur. Le chanoine Le Mené, retraçant au 19e siècle l’épisode, raconte qu’alors que les Espagnols s’apprêtaient à réembarquer sur leurs navires et à quitter la Bretagne en 1597, certains soldats auraient voulu voler les reliques du saint homme. Les chanoines auraient alors enlevé la châsse de l’église et l’aurait confiée à leur doyen, Jean Juhel. Ce dernier meurt en 1608. On ne trouve plus mention de cette châsse jusqu’à la commande en 1633 d’une nouvelle en argent pour remplacer le reliquaire en bois.